EXPLOIT POUR UN NEOPHITE

 

Il y 2 ans, alors que je cherchais à gravir mon premier col cycliste franchi par le Tour de France, j'étais tombé un peu par hasard sur le col du Grand Colombier.

Pour avoir rallié Genève à Lyon par la ViaRhôna, je savais qu'il était envisageable de grimper le col depuis la gare de Culoz et de poursuivre jusqu'à Lyon au cours d'une seule sortie.

De cette première expérience très positive, je garde le souvenir inoubliable des fameux lacets de Culoz et de la vue à couper le souffle au sommet : les lacs du Bourget et d'Annecy, les Alpes au loin, les vaches en alpage, et pratiquement aucune voiture: un petit bout de paradis cycliste !

J'avais donc hâte de revenir me frotter aux autres routes d'accès, en particulier la redoutable ascension depuis Artemare !

J'ai alors découvert par hasard qu'il existait une confrérie de fêlés, qui proposait de grimper les 4 faces du Grand Colombier dans la même journée.

Étant toujours partant pour un bon challenge à la limite de mes possibilités, j'ai rajouté ce défi à ma liste, sachant que je n'avais jamais grimpé plus de 2000m dans ma jeune carrière de cycliste amateur !

Suite à une longue préparation hivernale (et printanière, merci le Covid !) sur Zwift, je me sens très en forme et prêt à tenter l'aventure ! 4 faces, sinon rien !

 

18 Juillet 2020, 6h30.

Le choix de la date n'est pas un hasard: ce 18 juillet, c'est une des journées cyclo organisées par la confrérie: la route d'accès depuis Culoz est fermée aux voitures. Et c'est toujours plus motivant de souffrir avec d'autres cyclistes que d'affronter seuls les éléments !

Départ au lever du soleil pour se donner un maximum de marge ! J'ai prévu un temps de 9h sans les pauses. Du coup, lever à 4h du mat' à Lyon. Ouch !

Je ne laisse rien au hasard au niveau de la logistique: je gare la voiture au sommet, ce qui me permettra de me ravitailler à chaque ascension. J'ai des provisions pour nourrir un régiment, des vêtements de rechange, 6 litres d'eau et de boissons électrolytiques, des batteries de recharge pour mon téléphone et ma GoPro.

A 6h30, il fait 8°C au sommet, le vent souffle en rafales, et le soleil peine à percer les nuages accrochés à la cime; je claque des dents et décide de revêtir une sous-couche thermique à manches longues. La descente vers Artemare semble interminable: 30 minutes, en évitant le passage à 22% réputé dangereux. Je la joue prudent, parce que mes mains sont meurtries par le froid et l'utilisation presque constante des freins. Ce n’est pas le moment de battre des records de vitesse !

Demi-tour à Artemare où je poinçonne ma carte de route, et c'est parti pour l'ascension aux plus forts pourcentages. J'essaie de me ménager et de rester sous les 200W, car la journée sera longue !

A la sortie de Virieu-le-Petit, les choses se gâtent: je me rends compte qu'avec mon 32 à l'arrière et 34 devant, je dois slalomer et pousser 300W pour ne pas tomber ! Heureusement que ce n'est pas trop long et que j'ai placé cette ascension en premier ! J'arrive au sommet en un peu moins d'1h30, où je retrouve Michel et la confrérie qui met en place son ravito pour la journée cyclo. Premier cachet, un petit ravito rapide, quelques photos et je redescends vers Anglefort. 22 minutes cette fois-ci, même si j'ai encore froid. Malgré de nouveaux patins, mes freins grincent comme jamais et surprennent les cyclistes qui montent !

Anglefort, 9h20.

Deuxième ascension, sans trop de replat mais sans grandes difficultés. Je me sens toujours en forme. Je croise un habitué de la région qui chaque année réalise son pèlerinage vers le Grand Colombier et me donne quelques conseils : ne pas s'arrêter, ménager son effort, et en garder sous le coude pour les 2 passages à 14% après la jonction avec la route de Culoz. Nous jouerons au chat et à la souris tout le long. J'espère que j'aurai autant la pêche à son âge ! Arrivée au sommet en 1h30 également. Je prends 45 minutes pour manger correctement, mais je n'ai pas grand appétit: je sens que je vais revenir avec les 3/4 de mes vivres !

Culoz, 12h30

Après 25 minutes de descente, je comprends vite que la chaleur sur la première partie de l'ascension (les fameux lacets) sera redoutable: ce versant est plein sud et sans ombres. Et en effet, à la sortie des lacets, j'ai mon premier coup de fatigue. Je sais que je ne devrais pas m'arrêter mais quand je vois des cyclos en train de prendre des photos du paysage toujours aussi impressionnant, je craque et m'arrête moi aussi pour "contempler le paysage" pendant 10 minutes ! Heureusement le reste de l'ascension est plus ombragé. Malgré tout, ma gestion de l'eau est limite sur cette ascension et mes 2 bidons sont vides peu avant l'arrivée. 2h10 pour cette ascension, la fatigue se fait ressentir, mais il ne reste qu'une seule face, la plus "simple". Je prends mon temps au ravito du sommet car mon timing devrait être respecté.

Champagne-en-Valromey, 16h

Le bas de l'ascension comprend pas mal de replat et même un peu de descente. Cà ne se refuse pas ! A Lochieu, je loupe un embranchement et fait un léger détour. Je croise la route d'un fêlé qui lui aussi termine son défi. Au sommet, j'apprendrai qu'il s'agit de vice-doyen de la confrérie, qui termine son 50ème défi ! Chapeau ! Je monte doucement, je suis à bout de souffle. Au croisement de la route d'Artemare je décide de faire une pause sur le petit banc qui s'offre à moi.

A 18h, c'est la délivrance: me voilà enfin Grand Maître de la Confrérie ! Cette journée se sera au final déroulée sans accroc, je termine les 140km et 4820m d'ascension en 8h40, à 200W de moyenne et à bout de force mais tellement fier ! Ce qui est certain, c'est que le défi bugiste, c'est pas pour moi ! Par contre, l'an prochain, je tenterais bien les 3 faces du Ventoux !

Merci à la confrérie pour l'organisation et aux cyclos présents ce jour-là pour leur bonne humeur ! C'est ce genre de journée qui me fait aimer le vélo !

 Cédric LIENART – 18 juillet 2020